22 février 2013

La figure du jour: le kakemphaton

La kakemphaton est la collision malencontreuse de mots qui, lorsqu'ils sont lus à haute voix, créent un sens nouveau, souvent ridicule ou drôle, sans intention explicite de la part de l'auteur.

L'exemple le plus célèbre vient de Corneille, qui écrit dans sa pièce Horace:
" Je suis romaine hélas, puisque mon époux l'est"
A première vue, rien ne bien particulier ici. Maintenant mettez-vous à la place de la pauvre actrice qui devait réciter ce texte devant son public, et qui subissait les moqueries lorsqu'elle disait: "mon époux l'est"... "poulet"... Voilà: c'est ça, le kakemphaton!

Le même Corneille était d'ailleurs coutumier du fait. Dans une tragédie, il écrit:
"Vous me connaissez mal : la même ardeur me brûle, Et le désir s'accroît quand l'effet se recule."
Provoquant l'hilarité plutôt que l'émotion ("les fesses reculent"), Corneille fut obligé de modifier son vers.

Les kakemphatons apparaissent souvent lorsque l'ordre des mots est bousculé pour faire rimer un vers au forceps: à force d'inverser les sonorités, on finit toujours par tomber sur un calembourt involontaire. C'est tellement amusant que je pourrais en trouver toute la journée:
"Il voulait leur provoquer un choc, aux las." (chocolat)
"Il y avait, par salle, six filles." (salsifis)
"Le doute m'habite." (ma bite)
"Où s'était-on perdu?" (ses tétons)
Tout ça n'est pas bien malin, mais qu'est-ce que c'est rigolo!

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